La baisse des prix du pétrole ne garantit pas une baisse des taux
environ : 3 minutes | De nombreux investisseurs ont établi un lien entre la hausse des rendements obligataires et les prix de l’énergie. Notre équipe Revenu fixe explore les forces plus larges qui pourraient maintenir les taux à des niveaux élevés.
Depuis le début du conflit avec l’Iran, les rendements des obligations d’État à 10 ans aux États-Unis et au Canada ont augmenté de plus de 50 points de base. L’explication la plus simple semble logique : les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, la perturbation de l’approvisionnement en pétrole et l’inflation en sont la conséquence évidente. Il s’agit d’une séquence plausible. Mais elle est également incomplète et, pour les conseillers qui gèrent des répartitions en titres à revenu fixe, nous estimons que plusieurs autres facteurs doivent être pris en considération au-delà des seuls prix du pétrole.
La thèse du détroit d’Ormuz comporte une faille
Si l’énergie était l’unique facteur à l’origine de cette hausse des rendements, la réouverture du détroit d’Ormuz suffirait alors, en théorie, à faire redescendre les taux. Cette logique mérite toutefois d’être examinée attentivement avant d’être acceptée. L’environnement actuel des taux est façonné par un ensemble plus large de forces, dont plusieurs pourraient ne montrer aucun signe d’inversion simplement parce que les prix du pétrole brut baissent. Les conseillers qui fondent leurs perspectives sur les titres à revenu fixe uniquement sur l’évolution des prix du pétrole risquent de sous-estimer les véritables facteurs qui déterminent aujourd’hui le risque de duration.
Plusieurs facteurs poussent les rendements à la hausse
La croissance est restée résiliente. Les estimations des bénéfices, les plans de dépenses en capital, les prévisions du produit intérieur brut et les données sur les dépenses de consommation continuent tous de bien se maintenir en Amérique du Nord. Les marchés du travail ont suivi la même tendance : les demandes de prestations de chômage, les emplois non agricoles et les taux de chômage sont demeurés stables, ce qui laisse peu de justification aux banques centrales pour s’orienter agressivement vers des baisses de taux. Les données de l’indice des prix à la consommation et de l’indice des prix à la production ont toutes deux dépassé les attentes, et ces résultats inflationnistes ne sont pas uniquement attribuables à l’énergie, puisque l’inflation des services de base hors logement (« supercore ») est passée de 2,7 % à 3,4 % jusqu’à présent en 2026. Nous observons également des pressions généralisées sur les prix des produits de base, notamment le cuivre, le zinc, le blé et le bœuf. Un autre facteur clé de la hausse des rendements est la détérioration de la situation budgétaire. La diminution des recettes tarifaires, l’augmentation des budgets de défense et la perspective de subventions énergétiques dans des régions clés accentuent les pressions exercées sur les bilans des gouvernements. Par ailleurs, la dynamique politique au Royaume-Uni et au Japon, deux importants marchés obligataires, a fait grimper les rendements dans ces pays encore davantage qu’en Amérique du Nord au cours des derniers mois, offrant ainsi aux investisseurs obligataires internationaux davantage d’options que la simple détention de bons du Trésor américain. Nous pensons également que l’incertitude entourant les politiques publiques contribue à l’augmentation de la prime de terme, ce qui signifie que les courbes de rendement s’accentuent à mesure que les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour prêter de l’argent aux gouvernements sur de plus longues périodes.
Source : Bloomberg Inc., de décembre 2019 à avril 2026
Source : Bloomberg Inc., de décembre 2019 à avril 2026
Pourquoi cette distinction est importante pour les titres à revenu fixe
La tentation de se positionner en vue d’un revirement brutal des taux une fois que les tensions géopolitiques se seront apaisées est compréhensible. Mais la convergence d’une forte croissance, de perspectives budgétaires qui se détériorent, d’une inflation persistante et généralisée, ainsi que d’une incertitude élevée en matière de politiques publiques, laisse penser que cet environnement de taux pourrait s’avérer plus durable que ne le laisse entendre le discours sur le pétrole. Pour les conseillers qui élaborent des portefeuilles de titres à revenu fixe, cette distinction est importante. Le positionnement en termes de duration, la qualité de crédit et l’exposition à la courbe des taux diffèrent selon que l’on considère les rendements élevés comme une prime géopolitique temporaire ou comme un phénomène ayant des racines plus structurelles. Nous pensons que c’est de plus en plus cette dernière hypothèse qui prévaut, et nous estimons que cela a des implications importantes sur la manière dont le risque lié aux titres à revenu fixe est géré aujourd’hui.
Toutes les données proviennent des recherches de PICTON et de Bloomberg Inc. et sont en date du 12 mai 2026, sauf indication contraire.
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